Le hasard des concours nous avait conduits à quitter nos univers antérieurs, pour Jean-Pierre Gorrichon la région nantaise, et pour moi-même Liliane Guigon, la vallée du Rhône afin d’intégrer l’Ecole Nationale Supérieure de Chimie de Toulouse (ENSCT). Nous découvrions les charmes de Toulouse et de l’Occitanie, avec déjà quelques incursions à l’extérieur dans le cadre des stages d’études. En 1963 j’avais eu à connaitre chez May and Baker, entreprise liée à Rhône-Poulenc, un laboratoire industriel de recherche dans la banlieue londonienne. Par la suite juste après l’obtention de mon diplôme d’ingénieur-chimiste, je renouais avec l’Angleterre au cours d’un stage à l’université d’Exeter, financé grâce à un prix de la ville de Toulouse, Jean-Pierre effectuant de son côté son stage de troisième année à Londres.
Rappelons qu’en parallèle aux obligations de la scolarité à l’ENSCT, l’Ecole étant alors partie intégrante de la Faculté des Sciences de Toulouse, il était obligatoire pour que soit validé le diplôme d’ingénieur, d’obtenir un diplôme de licence de l’université. Cette licence était l’équivalent d’un master actuel et nécessitait, pour la licence d’enseignement, l’obtention de sept ou huit certificats. Nous étions cependant exonérés des travaux pratiques correspondants, (sans doute en raison des 20h effectuées à l’Ecole, notamment le samedi de 13h30 à 17h et le mercredi soir de 20h à 23h30 afin de compenser la séance de sport en après-midi !). Donc, dès que les cours et travaux pratiques étaient terminés à l’Ecole, nous quittions la rue des Trente-Six-Ponts pour rejoindre sans traîner les amphithéâtres de l’Université, situés sur les actuelles allées Jules Guesde.
Après l’obtention de nos diplômes -et notre mariage en 1965- nous avions à peine réfléchi à l’évolution de nos parcours professionnels, dans un contexte qui se présentait alors très favorablement.
A l’automne 1964, j’étais entrée dans le laboratoire du Prof. Pierre Maroni et j’avais pris une inscription pour un DEA à l’université. Après son obtention, j’ai commencé un Doctorat d’Etat sous la direction de Mme Yvette Maroni, Maitre de recherche au CNRS, - je l’avais connue comme responsable des cours de bibliographie à l’ENSCT-. Mes travaux ont porté sur la compréhension de mécanismes réactionnels et les relations entre structure des réactifs et réactivité. Peu après, en 1966, j’ai intégré le CNRS comme Stagiaire de recherche, avant même d’avoir obtenu mon diplôme de doctorat ès Sciences (1973). La science avançant, un nouvel outil physicochimique s’offrait à nous, la Résonance Magnétique Nucléaire (RMN). P. Maroni, physicien formé à Grenoble auprès du prix Nobel Louis Néel, se passionna d’emblée pour les perspectives ouvertes par cette découverte. Après l’implantation, non sans difficultés, d’un appareil à Toulouse, il proposa à Jean-Pierre de rejoindre le laboratoire.
Celui-ci a donc entamé une thèse dans ce nouveau domaine et appliqué la RMN du proton et du carbone 13 à l’étude de l’analyse conformationnelle de dérivés cycliques (thèse soutenue en 1976).
Au cours de ces années, Jean-Pierre avait obtenu un poste d’assistant-professeur à l’ENSCT et il conduisait donc en parallèle deux activités (recherche et enseignement) dans deux lieux, heureusement encore à proximité, sur le nouveau campus de Rangueil. Je passe sur les déménagements respectifs depuis la rue des Trente-Six-Ponts du laboratoire Maroni et de l’ENSCT. Vous imaginez comme ce fut simple ! Un avant-goût de ce qui nous attendait avec l’incendie du bâtiment de chimie de Rangueil ou les répercussions de l’explosion de l’usine AZF.
Après l’obtention de son doctorat Jean-Pierre a rejoint à temps plein l’ENSCT et le laboratoire du Prof. Gaset. Il s’intéresse alors à l’analyse fine des problèmes structuraux, de corrélations entre structure et activité biologique de différentes molécules, en relation avec les thèmes de recherche de ce laboratoire. Il développe à l’Ecole les méthodes de RMN approfondie 1H et 13C, souvent couplées à la microinformatique. Cela s’accompagne aussi des obligations administratives de gestion, de maintenance d’appareillage et du développement des enseignements dont il a la charge, travaux pratiques de chimie industrielle, travaux pratiques et travaux dirigés en chimie organique, suivi de travaux de thèse, encadrement de stages, mise en place de cours, notamment de RMN. Au cours des années, ses activités de recherche évolueront vers divers centres d’intérêt (dépôt chimique en phase vapeur, synthèse et étude de résines greffées pour l’échange d’ions) ayant des applications en biotechnologie, catalyse ou photochimie. Ces recherches lui permettront de travailler avec les équipes des Prof. Lenzi et Kalck et de collaborer avec le Prof. Braun à l’Ecole polytechnique
fédérale de Lausanne où il effectuera plusieurs séjours.
Promu professeur en 1990, il essaiera de concilier les différents aspects de ce métier avec des implications dans les instances de l’établissement (conseils essentiellement). Avec la mise en place des stages Erasmus pour les étudiants de l’Ecole, la prise en charge et le suivi du déroulement de ces stages vont impliquer nombre de voyages dans les pays européens concernés, que Jean-Pierre assurera quasiment jusqu’à son départ à la retraite de l’Ecole en 2002.
Pour ma part, je suis un parcours parallèle mais plus centré sur les activités de recherche. Nous nous intéressons notamment à la synthèse organique multi-étapes de composés optiquement actifs, un travail entrepris après un séjour en 79-80 au laboratoire du Professeur Oppolzer à Genève. J’assure aussi quelques cours au niveau du DEA (Agrochimie, Chimie des Biomolécules et Applications), pour lequel nous mettons en place des stages industriels ou universitaires.
Ayant été promue au cours des années Attachée, Chargée puis Directrice de recherche, j’ai assuré successivement différentes fonctions administratives : Directrice d’une Unité de Recherche associée au CNRS (devenue Unité Mixte de Recherche) et du Laboratoire Universitaire de Synthèse et Physicochimie Organique-Toulouse (octobre 1988 à janvier 1999), puis Directrice de l’Institut de Chimie Moléculaire Paul Sabatier (FR1744) de 1999 à 2002. Devenue responsable du laboratoire
au départ à la retraite du Prof. Maroni, j’ai orienté alors nos recherches vers la chimie biorganique, en relation avec la défense des plantes et les produits naturels. Les travaux de publication, d’encadrement de thèses, d’ouverture industrielle, l’animation scientifique, rentrent classiquement dans nos activités.
J’ai participé également à différents conseils ou commissions de l’Université Paul Sabatier. J’ai effectué aussi plusieurs mandats comme membre du Comité National de la Recherche Scientifique au CNRS (dont un comme présidente de section). Sollicitée, j’ai participé en outre à certaines instances régionales du CNRS ou à différents conseils ou instances scientifiques (région Basse-Normandie, Société Beghin-Say, jury de concours INRA…). Je n’oublie pas le volet international avec la participation aux congrès, les séminaires à l’étranger (par exemple auprès d’étudiants Erasmus à Neufchâtel-Suisse), la mise en place de relations bilatérales entre laboratoires, et d’échanges directs avec des groupes de recherche ou encore l’organisation afférente de réunions scientifiques. J’ai quitté officiellement le laboratoire au début de l’année 2005 mais j’ai gardé de nombreux contacts, notamment par l’Association Rayonnement du CNRS, qui regroupe les Anciens et Amis du Cnrs (www.a3cnrs.org), à laquelle j’ai participé et participe encore activement.
Liliane et Jean Pierre Gorrichon.pdf
Commentaires0
Veuillez vous connecter pour lire ou ajouter un commentaire
Articles suggérés