Quarante ans, juste quatre décennies, une éternité pour les plus jeunes, un éclair temporel quand on regarde en arrière, comme je le fais aujourd’hui !
Il y a eu, tout d’abord, l’innocence, sûrement portée par la joie d’avoir son diplôme d’ingénieur chimiste en poche et très vite rassurée de pouvoir, d’une certaine manière, poursuivre ses études… La Garonne franchie, je démarre une thèse de doctorat au Laboratoire de Génie Chimique, un laboratoire de « l’autre école », celle dont on a entendu parler, si proche et si lointaine… l’ENSIGC.
Me voilà plongée dans l’univers du Génie Chimique, ses bilans, ses transferts, ses dimensionnements et surtout son côté très applicatif. Un monde un peu éloigné, mais tellement attirant : Jacques Molinier y est surement pour quelque chose. J’ai fait mes premières armes sur un sujet en avance sur son temps (j’apprendrai au cours de ma carrière, que toute avancée scientifique doit bien être alignée temporellement pour avoir un impact percutant) qui traite du développement d’un procédé de séparation de protéines dans un écoulement en microgravité.
Trois années ont largement suffi à me convaincre que je m’épanouirais aisément dans le monde académique.
Et là, un nouveau tournant, quelque peu angoissant : quel devenir maintenant que je suis « Docteur » ? Rapidement, j’ai la chance de me voir proposer un poste d’ingénieur de recherche, au … Laboratoire de Génie Chimique. On parlait peu de mobilité géographique à cette époque ! Et j’y exerce toujours aujourd’hui…
S’en suit une phase « d‘apprentissage » de ce métier d’Ingénieur de Recherche, que je définirai comme celui de chercheur avec une grande liberté scientifique, et qui m’a amenée à la soutenance d’une HDR (Habilitation à Diriger des Recherches).
La période « d’expansion » a été jalonnée d’activités scientifiques autour de l’hydrodynamique et du design des contacteurs mono et multiphasiques et ainsi que des procédés intensifiés, d’encadrement de doctorants, de responsabilité de contrats industriels, de coordination de projets nationaux et internationaux, un peu d’enseignement de spécialité, quelques responsabilités et engagements administratifs… bref une routine qui ne s’installe jamais. Des défis à relever et quelle satisfaction quand on voit ses résultats de recherche implantés dans le milieu industriel !

Le temps avançant, ce qui m’a le plus attirée et passionnée a été le partage de la science et du savoir, la diffusion des connaissances, les échanges avec les collègues tant au niveau national qu’international.
J’y ai contribué en organisant des congrès, des journées scientifiques, des webinaires… Je suis aussi investie dans des sociétés savantes comme la Société française de Génie des Procédés (SFGP) et la Fédération Européenne de Génie Chimique (EFCE), ces deux sociétés œuvrant entre-autres, via la création de réseaux, au renforcement des liens entre académiques et industriels.
Ces structures reconnues sont aussi d’excellents vecteurs pour sensibiliser les politiques et les décideurs au fait que les recherches développées en Génie des Procédés sont un atout majeur pour répondre aux grands défis sociétaux et environnementaux, tels que la transition énergétique, la décarbonation, l’eau, la santé, l’environnement… La mutation de l’industrie, en particulier, la réindustrialisation doit s’emparer de la science pour être durable, raisonnée, réduire son impact carbone et ses émissions… et très modestement, je m’y emploie.
J’ai eu donc la chance, au cours de ma carrière d’aborder un patchwork de tâches diverses et variées, plus passionnantes les unes que les autres, évitant toute routine ou monotonie : une carrière académique est loin d’être un long fleuve tranquille…
Martine POUX, ENSCT Promo 85, Ingénieur de recherche Toulouse INP-ENSIACET ; Laboratoire de Génie Chimique.
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