Profil – Brian Mathé – ENSIACET 2010

« Seul on va plus vite, ensemble on va plus loin », c’est par ce proverbe africain que Brian MATHÉ a terminé sa conférence présentant son association SOLIDREAM, lors d’un afterwork organisé par la section parisienne le 12 février, en présence de Laurent PRAT, directeur de l’A7. Son périple de trois ans autour du monde, effectué avec trois amis, lui a permis de mettre en exergue que l’intelligence collective permet de venir à bout des projets les plus fous. En effet, pour gagner en efficacité et en performance, rien de mieux que de parier sur le groupe. Cela implique, pour l’entreprise comme pour le salarié, de sortir de sa zone de confort et surtout, de faire primer les compétences et l’expérience sur le périmètre de poste. Un défi, certes, mais avec à la clé l’assurance de prendre l’avantage sur la concurrence. Intelligence collective, entreprise libérée, management agile… autant de mots qui, à force d’être employés à tort ou à raison, ont perdu de leur sens et de leur valeur. Tant est si bien que, par déformation, on en arrive à les confondre, ce qui complique considérablement leur mise en application concrète. Pourtant, l’intelligence collective, c’est à dire l’addition des compétences de chaque collaborateur, et non pas une sorte de résurgence d’un bon sens collectif, est un levier d’efficacité opérationnelle sans pareil. L’intelligence collective, ce n’est pas un concept abstrait, c’est une mutualisation ordonnée, structurée et réfléchie. Comme toute construction, elle doit se faire avec une idée bien précise de finalité, et même de rentabilité. Chacun son rôle ! L’intelligence collective, ce n’est pas une notion floue, utilisée pour mettre en place des projets vaguement affiliés à des politiques RSE, c’est un atout aussi concurrentiel qu’engageant. Engageant parce que parler d’intelligence collective ne peut se faire sans parler de responsabilisation de l’ensemble des acteurs, entreprises et salariés. Pour être réellement efficace, l’intelligence collective doit être calibrée, chacun doit connaître son rôle dans le projet d’entreprise. Au cours de cette conférence, nous assistons ici à la traduction concrète et efficace de la plus-value permise par l’intelligence collective, aussi bien pour l’individu que pour l’entreprise. Le premier y trouvant un vecteur pour exprimer son potentiel, la seconde de nouvelles ressources pour mieux répondre aux besoins quotidiens des managers. Comme souvent face à ces mutations, nous retrouvons trois types d’acteurs : ceux qui y sont hostiles, pour de bonnes ou mauvaises raisons, ceux qui en parlent, et ceux qui l’appliquent. Une chose est certaine, mettre en place ces nouvelles politiques, c’est prendre aujourd’hui un avantage qui sera décisif demain. Merci Brian et toutes nos félicitations.

Jean DUPONT, président AIA7

Interview de Brian MATHÉ

AIA7 - Brian, tu fais partie de la promotion 2010 de l’ENSIACET. Peux-tu nous dire ce que ta formation d’Ingénieur t’a apporté dans la conduite de ce projet ?

Brian Mathé – Les études d’ingénieur permettent de savoir structurer un projet et, comme on le dit souvent, d’ « apprendre à apprendre ». En génie industriel, on ressort avec une compétence systémique et ça conditionne l’approche des projets qu’on entreprend. Dans un projet d’aventure, l’environnement présente parfois des risques et nous force à voir l’équipe comme un ensemble, avec ses entrées et sorties, qui se doit de progresser dans le milieu. Je crois qu’ensemble, avec les copains, le dialogue nous permet souvent de s’en sortir. Par exemple, pour descendre le Yukon en radeau sur 750 km, au Canada, c’est l’écoute des habitants locaux et de nos propres peurs qui nous ont permis de prendre des mesures face à des menaces comme le froid, les ours, les rapides, et bien sûr la nécessité d’autonomie. Parler ensemble, même si cela peut être long et éreintant par moments, c’est faire émerger un doute qui devient constructif pour le système collectif dont on fait partie.

AIA7- Ce projet, comment l’as-tu construit (origine, etc…) et quelles ont été les principales difficultés rencontrées dans sa conception ?

BM – Au départ, c’est un rêve de gosse. Avec Morgan, Siphay, et d’autres amis d’enfance, nous traînons dehors à la moindre occasion depuis l’adolescence (tour de Corse à vélo, randonnée itinérante en Croatie, kayak en Sardaigne...). Il a fallu que l’un d’entre nous (Morgan), décide de s’engager pour un tour du monde à vélo, au départ prévu en solo, pour susciter l’envie dans le cœur de certains d’entre nous et se décider. A partir de là, chacun a rajouté sa touche, sa compétence, au projet de départ. Concrètement, cela nous a pris 2 ans pour réunir les fonds nécessaires et le plus dur était de tous rester accrochés à ce rêve malgré la distance pendant nos études. Pour décrire la suite, au risque de paraître quelque peu romanesque, je citerais volontiers Saint-Exupéry : « Le plus dur, c’est de faire un pas. C’est toujours le même pas que l’on recommence. » (Terre des hommes)

AIA7 – Que t’as apporté, à titre personnel, une telle expérience et quelles ont été les principales difficultés à résoudre?

BM – Si les études fournissent un bagage technique, c’est surtout dans les valeurs humaines que l’on progresse. Il faut s’imaginer vivre pendant 3 ans en promiscuité constante : même avec des amis d’enfance, ce n’est pas du tout gagné d’avance – j’en connais qui ont perdu des amitiés de toujours. Notre société ne nous prépare pas pour ça, je dirais même plutôt l’inverse. Dans les moments difficiles, il faut apprendre à se parler : ne pas tout dire, et en même temps en dire assez pour assainir les relations. Par exemple, il m’a fallu accepter que je pouvais, à certains moments, en état de fatigue, devenir temporairement égoïste. Je ne me voyais pas du tout comme ça, mais la parole insistante de 3 amis qui vous rabâchent que si, vous l’êtes, déclenche un processus de remise en question profond. In fine, chacun progresse dans la connaissance de soi, les mots deviennent plus justes et les échanges plus sains. Donc, clairement, traverser l’Amazonie ou l’outback australien est bien un défi physique ardu dans lequel on prend confiance en soi, mais le véritable défi de l’aventure collective, c’est de réussir à adopter le bon comportement pour co-construire quelque chose de remarquable ensemble. C’est un effort de chaque minute, jusqu’au bout du chemin et ça n’est jamais gagné d’avance. C’est comme de grimper une nouvelle montagne : ça va mieux avec l’expérience, mais il faut rester vigilant.

AIA7 – Quel message peux-tu envoyer aux élèves de l’A7 et quels conseils pourrais-tu leur donner en termes de conduite de projet ?

BM – Aujourd’hui, je vois l’école comme une boîte à outils. Lorsqu’on sort, nous avons tous la même, à peu de choses près. Rentrer dans une bonne boîte et toucher un bon salaire, ça rend serein, mais il ne faut pas s’oublier dans les méandres de la société de contrats et de normes. A travers tout ça, ce qui plaît également aux supérieurs – ou aux clients si on lance son propre projet –, c’est sa singularité. J’ai mis du temps à le comprendre, Solidream m’y a aidé, et j’y travaille encore. En cours, on ne nous apprend pas vraiment la créativité, ni l’audace, et c’est par ce biais-là qu’on exprime qui on est. Et la route donne à rencontrer tout un tas de gens enthousiastes quand vous leur expliquez ce que vous faites et pourquoi, certains ont mis un point d’honneur à apporter leur pierre à l’édifice, d’une manière ou d’une autre. A l’intérieur d’une entreprise, j’encouragerais, de même, à aller voir les gens qu’on ne rencontre pas d’habitude, écouter ce qu’ils ont à dire, comprendre leur problème et comment leurs préoccupations pourraient enrichir le projet dont on a la responsabilité. En bref, ajouter de l’humain, et ça, ça ne figure pas au cahier des charges.

AIA7- De nombreux managers nous suivent régulièrement et apprécient nos conseils. Quels conseils ou quelles aides pourrais-tu leur apporter dans leurs organisations ?

BM – Pour continuer la réflexion de la question précédente, une des choses importantes que j’ai apprises, c’est de ne plus avoir peur de voir mes idées modifiées par les autres. On a naturellement (ou culturellement ?) tendance à vouloir avoir raison à tout prix, parfois à tort. Or, les membres d’une équipe, quand ils sont motivés par un but commun, peuvent ajouter beaucoup de richesse à une idée proposée et la rendre unique. Lorsqu’on arrive à penser avec les autres, on décuple le champ des possibles. Je crois que l’égo, s’il est mal canalisé, est un poison pour l’entraide, alors qu’avec la reconnaissance, il devient moteur. Si le manager arrive à convaincre tout le monde de ça, alors il aura, à mon avis, une équipe à l’état d’esprit en béton, solidaire, dans laquelle chacun est heureux d’êre là. Je donne un exemple : c’est moi qui ait eu l’idée de descendre le Yukon, mais en canoë. Lorsque l’idée du radeau s’est rajoutée à ma proposition, elle me paraissait saugrenue et compliquée car je m’étais projeté dans ma solution, et pas une autre. Quand tous les autres étaient motivé par cette nouvelle idée, j’ai lâché prise et essayé de voir les éléments positifs en oubliant mon idée de base. Finalement, le projet nous a fait rencontré un tas de monde et nous avons vécu l’expérience d’une vie dans le wild canadien. A la fin, tout le monde est fier du résultat, et, pour couronner le tout, les gens retiennent beaucoup cet épisode du film. Aujourd’hui, c’est presque devenu un réflexe d’essayer de voir la richesse d’une idée opposée.

AIA7 – Quels sont tes projets à venir ?

BM – Nous sommes en train de produire un 3ème film qui relate une traversée des Pyrénées en marche et vol (parapente). Le point unique de cette aventure est que nous nous sommes lancés dans ce projet en tant que débutants en parapente, alors que la discipline du vol sauvage est plutôt réservée à des pilotes expérimentés. Une mauvaise analyse des conditions aérologiques ou météo ainsi qu’une mauvaise lecture du terrain augmentent le risque d’accident, déjà assez élevé dans ce sport. Nous avons voulu tester l’idée selon laquelle nous pourrions pallier notre inexpérience par l’intelligence collective et l’apport d’un expert en début de voyage. Je dois avouer que tout ne s’est pas déroulé idéalement, mais nous avons beaucoup appris dans ce projet et notre idée était loin d’être débile. Le film, baptisé « L’école du ciel », que nous écrivons, montons et produisons nous-même, est le récit de cette aventure. Pour la suite, nous avons chacun un placard rempli d’idées. Il suffit d’en tirer une qui fasse envie à tout le monde. Nous déciderons ça après avoir fini le film en cours.

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