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Serge Siquet (ENSCT 1956) : De Rhône Poullenc à L'union des Industries Chimiques

Portraits

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03/03/2026

Depuis la 3ème du lycée je désirais être ingénieur-chimiste. Habitant Toulon à l’époque, pour préciser mon intention, j’avais la possibilité d’intégrer un Institut à Marseille ou Toulouse, car les autres emplacements étaient cachés dans les brumes du nord… Ayant choisi Toulouse, je conserve un bon souvenir de mon passage à l'Institut de Chimie, devenu cette année-là, ENSCT. Les manipulations ou les dosages effectués en cours d’année, et l’obligation de réussir un examen de licence en fin d’année pour passer dans l’année supérieure, laissaient peu de possibilité de s’épancher avec des connaissances de la Fac de Droit…

En fin de première année nous avions à effectuer un stage dans l'industrie. Le premier stage a été fait dans une usine de Péchiney, à Salindres, en compagnie de Francis DABOSI, qui a poursuivi en faculté. Nous avons supplié l’ingénieur qui nous guidait de nous donner du travail.

En deuxième année j'ai participé à un stage en Allemagne à l'usine de Ludwigshafen de la BASF. Il y avait des stagiaires de nombreux pays. C’était impressionnant d’organisation.

En fin de troisième année, j’ai été encouragé par le Professeur Gallais, Directeur de l'école, à entamer un doctorat. Mais au bout d'une année comme Assistant j'ai compris que je n'étais pas destiné à la recherche et en accord avec le Professeur Gallais j'ai été présenté au directeur scientifique de Rhône-Poulenc qui m'a engagé pour débuter dans son centre de recherche à l’usine de Saint-Fons en septembre 1957. Nous étions quatre nouveaux engagés répartis sur plusieurs sites.


RHONE POULENC ST FONS

Dès lors, à Rhône-Poulenc Saint-Fons, il était nécessaire de suivre un circuit de formation qui devait mener à terme à une des quatre fonctions définies dans l'entreprise : la recherche pure, la recherche appliquée, la fabrication (l'usine), et l'administration.

J'ai commencé ma vie professionnelle à l'usine, célèbre à l'époque pour la fabrication d'aspirine et matières premières pour l’industrie pharmaceutique.

Après un bref séjour en recherche appliquée, avec la tenue d’un cahier d’essai vérifié par le responsable chaque semaine, j'ai été déplacé à un atelier chargé de la mise au point de polyesters utilisés pour les bateaux ou la fabrication de plateaux.

Mais en septembre 1958 j'ai dû effectuer mon service militaire que j'avais oublié comme sursitaire, considéré comme à un congé non rémunéré de 18 mois dont 8 mois en Algérie…

Au retour, Rhône-Poulenc a accepté de me réengager et après une courte réadaptation au laboratoire, m'a affecté à l'usine des silicones voisine, à la fabrication des phénylchlorsilanes. J’ai pu ensuite intégrer une équipe composée de trois ingénieurs chimistes, quatre chimistes et aides chimistes pour étudier et mettre au point l'obtention d’acide lactique par oxydation nitrique du propylène, préparation déjà étudiée en laboratoire. Un brevet a été déposé à ce sujet.

Mais après quelques mois de fonctionnement en continu d’une installation en réduction, le 16 juin 1965, une explosion s'est produite, provoquant la mort de quatre personnes : un ingénieur, un chimiste et deux aides chimistes, et j’ai fait partie des deux survivants qui ont été violemment projetés contre un mur.

À la suite de quoi la direction a jugé bon d'éloigner de France les deux cadres survivants, et leur famille : dans mon cas je suis parti au Brésil dans la filiale Rhodia, et mon collègue a rejoint les USA.

La fabrication d’essais dans une installation industrielle protégée a été reprise mais abandonnée après une autre explosion.


RHODIA SANTO ANDRE- SAO PAULO (1967-1979)

La société disposait de deux usines principales dans l’état de Sao Paulo, qui fabriquaient les matières premières principales de l’époque : l’acide adipique (nylon), l’acide téréphtalique (Tergal), l’acétate de cellulose à partir de coton, une division textile et une pharmaceutique. Le directeur général était M. Romano.  Une vingtaine de cadres français étaient présents.

Il a été nécessaire de s’intégrer en famille dans un pays en plein développement, apprendre la langue et les mœurs. Ce n’est qu’en 1974 qu’il a été possible de téléphoner en direct…Cela nécessitait de connaître la société de fond en comble comme la préparation du plan de l’entreprise. J’y suis resté jusqu’en 1979 quand il a fallu faire des choix avec la famille.


BUDAPEST (1980-1984)

J'avais pris le goût de vivre l'étranger et mon souhait d'un autre détachement s'est présenté avec la création du bureau commercial de Rhône-Poulenc à Budapest, pour en assurer la direction. Cela impliquait des contacts avec les autorités qui, miraculeusement, parlaient français.

En janvier 1980 je partais donc m'installer à Budapest et faire connaissance d'un autre monde. À l'époque il n'y avait que trois Français… (banquiers). Il a fallu créer le bureau commercial, se faire connaître des intervenants commerciaux, apprendre quelques bases de la langue très particulière et participer à un monde alors bien différent, bien que très similaire dans le cadre des affaires.

En 1984 il a fallu changer d'atmosphère : il n'était alors plus possible de songer à un autre poste à l'étranger et loin des centres de décision le choix est rare.

Serge Siquet (à droite) recevant la médaille du travail de Rhône-Poulenc de la part de Jean-René Fourtou (à gauche), PDG du groupe Rhône-Poulenc.


BESANÇON

Il m'a été quand même proposé, ce que j'ai accepté, de prendre la gestion d'une nouvelle structure à Besançon composée d'une trentaine d'anciens employés de l'usine textile, pour produire des produits du paramédical. J'ai alors connu pendant cette période de 18 mois la vie d'un responsable d'usine avec les grèves, l'occupation de bureaux et de l'usine et même un renvoi à Paris à la demande du syndicat majoritaire… A l'époque, l'entreprise était nationalisée.


LE PORTUGAL

À la suite de quoi un ami m’a proposé l’intérim, pendant plus d’une année et demie au Portugal, de la filiale locale de Xylophène, en raison du décès brutal du directeur. J'ai pu assurer facilement cette activité grâce à ma connaissance de la langue.


L’UNION DES INDUSTRIES CHIMIQUES

De retour en France en 1989, jusqu'en 1995 date de la fin de ma vie professionnelle, j'ai été détaché à l'Union des Industries Chimiques à Paris pour assurer le contact avec les sociétés et organiser des voyages de prospection commerciale au profit des PME de la chimie ou assimilés.

Au total, la formation que nous avons reçue pendant ces trois années passées à l’ENSCT sous la direction du Professeur Fernand Gallais nous a ouvert des portes au plan technique et managérial, comme le montre le témoignage que j’ai rédigé ci-dessus.

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